03 – Mars

Le mois de mars – fin du repos hivernal

Alfred SCHEIDT

Les colonies ont repris leurs activités, le nombre de journées favorables à l’envol de nos abeilles augmente et le pollen fraîchement récolté apporte ses protéines et stimule la ponte des reines.

Pour l’apiculteur également il est temps de se remettre au travail.

À l’atelier:

Il faut vérifier l’état du matériel, procéder au nettoyage de l’enfumoir si cela n’a pas été fait en automne, etc.

A l’atelier, terminez la fabrication des éléments de ruches, assemblez suffisamment de cadres pour toute la saison afin de ne pas être «en rupture de stock» pendant les périodes cruciales (essaimage, élevage, miellées,…). Dès à présent vous pouvez armer ces cadres neufs avec du fil métallique même si pour le gaufrage vus souhaitez encore attendre. En effet cette dernière opération est très rapide si vous disposez d’un bon transformateur.

Personnellement je pratique la mise en place verticale des fils car cela offre une bonne tenue du rayon dans l’extracteur tangentiel (voir les schémas). Pour ceux qui possèdent un extracteur radiaire le passage horizontal des fils est à priori meilleur. Je ne l’ai pas vérifié. En théorie, pendant l’extraction, les fils doivent être parallèles à l’axe de rotation.

Lorsque je procède au gaufrage je pose la cire gaufrée contre le bord inférieur du cadre car les abeilles comblent toujours l’espace entre la cire et la latte supérieure mais ce n’est pas toujours le cas lorsque l’espace est au bas du cadre (schémas 2 et 3). Or un rayon bien soudé aux quatre lattes du cadre résiste nettement mieux à la force centrifuge qu’un rayon libre d’un côté. D’autre part, l’espace entre le bas du rayon et la latte inférieure est l’endroit idéal pour les constructions de cellules royales mais elles sont difficiles à trouver quand le cadre est couvert d’abeilles.

Au rucher:

La deuxième moitié du mois de mars offre généralement quelques belles journées permettant le premier contrôle des ruches.Il est souhaitable de choisir pour cette opération une journée bien ensoleillée, sans vent, avec une température supérieure à 16°C ou mieux 18°C et une intense  activité de butinage sur les chatons de saules.

Que faire?

Ce premier contrôle aura trois objectifs bien précis.

  • 1 contrôler la présence de la reine et la force de la colonie
  • 2 contrôler les réserves de miel ( quantités et emplacements)
  • 3 nettoyer les ruches (mesures d’hygiène)

Si possible, effectuez ce travail à deux car cela permet d’agir rapidement et donc de déranger moins la colonie. Car il ne faudrait pas laisser une ruche ouverte plus de deux ou trois minutes à cause du risque de refroidissement du couvain.

Prévoyez le matériel nécessaire, c’est à dire des planchers nettoyés et quelques corps de ruches vides ainsi que les plastiques couvre-cadres. Ce matériel devra se trouver à portée de main derrière les ruches.

Déroulement des opérations:

Deux cas de figure

a) Ruche hivernée sur un corps:

  • Enfumer légèrement pour ôter le couvercle
  • Soulever le corps de ruche
  • Retirer le plancher
  • Mettre un nouveau plancher en respectant si possible la couleur de la planche de vol à cause de la dérive. Il faut faciliter à l’abeille la reconnaissance de son logis.
  • Remettre le corps de ruche s’il est en bon état, sinon le changer.
  • Vérifier les cadres latéraux ou arrières. S’il y a des traces d’humidité ou de moisissures il faut les retirer
  • De l’extérieur vers l’intérieur, estimer les réserves de miel. Il en faut encore au minimum 5 à 6 kg.
  • Dès l’apparition d’un cadre de couvain, tous les cadres à couvain sont resserrés vers le milieu de la ruche et sur le côté je remets un cadre déclassé dont j’ai rapidement coupé la cire mais en laissant 1cm sous la latte supérieure. Je vous expliquerai l’intérêt de la manœuvre au mois d’avril.
  • Si d’autres cadres ont été sortis, ils ne seront pas encore remplacés ; Il manquera au maximum deux cadres.
  • Il ne faut pas chercher la reine
  • A l’aide d’une fourchette on peut désoperculer sommairement un cadre à miel à proximité du couvain accélérer le transfert de nourriture et stimuler la reine.
  • Avant de refermer le toit de la ruche je pose un plastique transparent sur les cadres. Cela évite que le couvercle soit collé aux rayons et permet une ouverture moins brutale de la ruche. Je ne laisse jamais ce plastique en hiver.

b) Ruche hivernée sur deux corps:

Le principe est le même mais généralement la caisse supérieure passera en position inférieure afin de favoriser le renouvellement des cires. En effet le corps du bas ne sera plus systématiquement vérifié au cours de la saison.

  • A la fin du contrôle, le couvain est regroupé en bas et au milieu et le corps inférieur et garni de cadres de part et d’autres
  • La nourriture est placée dans la caisse supérieure et placée au-dessus du couvain. Le cadre central pourra être désoperculé et le cadre prédécoupé sera placé un peu plus loin sur le côté.
  • Il manquera souvent deux à trois cadres dans le corps supérieur. Lors d’une prochaine intervention les espaces libres permettront l’introduction de cires gaufrées neuves.
  • Si la colonie n’est pas assez forte le tout sera regroupé dans un seul corps.
  • Ce qui est trop faible est impitoyablement éliminé et les cadres seront refondus. Cela permet de renouveler les cires.

Remarque:

Dans la mesure du possible il faut hiverner sur un seul corps. Les abeilles peuvent mieux réguler la température de la grappe, il y a moins de cadres qui moisissent et la mortalité hivernale est plus faible. Le démarrage printanier de la colonie se fait mieux et le travail de l’apiculteur en est facilité.

Les besoins en eau:

Au printemps, lorsque les conditions sont médiocres, les abeilles ne s’éloignent pas beaucoup de leur habitat, or il leur faut de l’eau.

À quelques mètres de l’un de mes rucher une source suinte son eau dans un tapis de mousse. Lorsqu’il fait beau je peux compter des centaines d’abeilles par mètre carré sur la mousse détrempée.

Devant le rucher installé au jardin les abeilles pompent l’eau de la rosée déposée sur les feuilles de salade. D’autres possibilités de s’abreuver existent à faible distance. Mais si chez vous elles ne disposent pas d’un point d’eau salubre pensez à leur installer un abreuvoir. Une pince de sel dans cette eau est la bienvenue. Prévoyez aussi un système anti-noyade pour la survie des chercheuses d’eau.

Premières récoltes pour nos abeilles:

Au moindre rayon de soleil, quand le thermomètre approche ou dépasse les 10°C, les butineuses se mettent au travail.Depuis quelques temps elles ont butiné sur les noisetiers, les perce-neige, les crocus, les aulnes, … mais la première miellée vraiment intéressante dans notre région est celle des saules Marsault. Le saule Marsault mâle fournit du pollen de qualité, avec une bonne teneur en protéines ainsi que du nectar. Le saule Marsault femelle ne fournit évidemment que du nectar. Cela stimule la ponte de la reine et les surfaces de couvain commencent à augmenter. Ceci est très important car selon la règle des quarante jours, ce couvain fournira les butineuses pour la miellée de colza  et d’arbres fruitiers ( futur miel de fleurs crémeux).

Conseil de lecture:

Quand la saison apicole démarre et que les abeilles volent avec entrain, les débutants aimeraient à tout moment savoir ce qui se passe dans leurs colonies. Or chacun sait que toute ouverture de la ruche est un dérangement pour la grappe d’abeilles, surtout lorsque les conditions sont « limites ». Je leur conseillerais donc d’observer les allers et venues des abeilles sur la planche de vol, de noter les rentrées de pollen, le vol lourd (ou nerveux) des butineuses, le comportement des gardiennes à l’entrée de la ruche, des ventileuses, …

Ils pourront lire le petit ouvrage de H. STORCH intitulé «Am Flugloch» ou l’édition française «Au trou de vol» toujours en vente. Très rapidement ils sauront deviner les activités intérieures de la ruche sans avoir besoin de l’ouvrir trop fréquemment. Entraînez vous. C’est très intéressant.