04 – Avril

Le mois d’avril – les colonies se développent

Alfred SCHEIDT

Vers la fin de l’hiver la météo est souvent capricieuse. Le thermomètre peut enregistrer des écarts thermiques supérieurs à 20°C. Le mois d’avril fait encore partie de ces mois difficiles pour les abeilles, mais c’est un mois très important pour nos colonies car les rentrées de pollen et de nectar frais permettent un développement important des surfaces de couvain.

C’est également un mois délicat pour les interventions au rucher à cause des sautes d’humeur de la météo. Il faut donc conduire les  colonies en fonction de ces conditions météorologiques instables et de la succession des floraisons afin de favoriser leur développement de façon optimum. Mais au début toutes les colonies ne pourront pas être traitées de la même façon. Nous allons les classer en deux ou trois catégories selon leur vigueur au cours du contrôle de printemps.

Contrôle de printemps:

Pour démarrer correctement la saison apicole il faut connaître l’état sanitaire et la force de chaque colonie.

Par une belle journée ensoleillée ( température supérieure à 18°C-20°C) il faut programmer une inspection sanitaire, cadre par cadre, de toutes les ruches. Ce genre d’inspection n’est nécessaire que deux fois dans l’année, au printemps et en automne.

Il permet de détecter les problèmes sanitaires (par exemple de loques, de mycoses, …), de vérifier la vigueur de la reine (couvain compact), de noter la force de la colonie (nombre de cadres occupés par la grappe d’abeilles), d’équilibrer les réserves alimentaires si nécessaire, de supprimer les cadres à déclasser (cire trop foncée, moisissures, etc…).

On peut éventuellement profiter de cette occasion pour marquer une reine.

Après cette inspection notez la force de la colonie (forte – moyenne) au dos de la ruche. Pour ce faire j’ai toujours un morceau de craie dans ma boite à outils.

Réunissez les colonies trop faibles et éliminez les non-valeurs.

Si vous constater des anomalies au couvain, des déjections importantes dans ou devant la ruche, des abeilles rampantes, prévenez votre technicien apicole.

Si tout est parfait, pensez au point suivant.

De la place pour pondre:

Durant le mois précédant  la miellée à exploiter il faut que la reine ponde en abondance. Elle a donc besoin de place. Les colonies ayant hivernées sur un corps reçoivent le deuxième élément dès que la grappe d’abeilles occupe les cadres latéraux de la première.

Attention, ceci double le volume de la ruche. Il ne faut donc pas agrandir trop vite à cause d’un éventuel retour du froid.

Pour favoriser la montée de la reine, placez de beaux cadres bruns de l’année précédente au milieu du deuxième corps.

La reine a pondu dans le cadre brun placé dans le deuxième corps

(couvain ouvert entouré de pollen)

photo Scheidt

Si la météo est trop défavorable au butinage il est envisageable de faire une stimulation printanière avec un sirop sucré (au miel) dans les proportions 1/1. Il faut utiliser de petites quantités de sirop mais cette stimulation doit être entretenue durant toute la durée du mauvais temps.

Permettre la construction:

construction du cadre de mâles (photo Scheidt)

Souvenez vous. Au premier contrôle j’ai laissé un cadre avec une bande de cire de 1 cm contre la latte supérieure. Avec la miellée de saules Marsault les abeilles ont construit un rayon avec des cellules de mâles dans les cadres ainsi préparés. On peut en placer deux dans chaque colonie, l’un à droite et l’autre à gauche du couvain (mais pas en même temps). L’introduction des cires gaufrées ne se fera qu’après la construction de ces cadres. Lorsque les deux cadres à faux-bourdons sont construits, les abeilles ne mettent plus de cellules de mâles sur les autres rayons et les cires gaufrées seront entièrement couvertes de cellules d’ouvrières.

Tous les espaces laissés libres au premier contrôle seront maintenant complétés à l’aide de cadres avec des cires gaufrées. Les cirières pourront ainsi se mettre au travail. Une cire gaufrée introduite entre le couvain et le cadre à faux-bourdons est très  rapidement étirée par les ouvrières et la reine y pond les jours suivants. Il est d’ailleurs conseillé de toujours introduire les cires gaufrées par les côtés et de ne pas les placer au milieu du couvain.

Autres conseils:

Généralement je calque mes interventions dans les ruches sur le calendrier des floraisons.

  • floraison des saules marsault: introduction des cadres à mâles
  • floraison des cerisiers: introduction des cires gaufrées
  • floraison du colza: pose de la hausse à miel

Je conseille à chaque apiculteur de noter les dates et les périodes de floraison de la flore mellifère de son secteur et de se constituer ainsi un calendrier des floraisons et des miellées exploitables.

De même, j’invite tous les débutants à prospecter tout autour du rucher l’aire de butinage de ses abeilles et de noter les espèces procurant nectar, pollen ou miellat à ses colonies. Il faudra de nombreuses promenades à différents moments de l’année dans un rayon de 1 à 2 km autour du rucher.Ces observations pourront être complétées par les indications du pèse-ruche. Les apiculteurs disposant de ruches placées sur balances constatent qu’en général que vers la fin du mois d’avril les chiffres augmentent, c’est à dire que les rentrées de pollen et de nectar sont supérieures aux consommations de nourriture de la colonie à l’intérieur de la ruche.

Je souhaite à chacun que cette année les résultats soient largement excédentaires et que les hausses commencent à se remplir dès cette fin de mois.