05 – Mai

Le mois de mai – les hausses se remplissent

Alfred SCHEIDT

C’est la nature qui dicte son rythme et c’est l’abeille ainsi que l’apiculteur qui doivent s’y adapter. Si tout s’est bien passé au mois d’avril, que les reines ont bien pondu et que les floraisons printanières ont permis les premières récoltes de pollen et surtout de nectar il faut certainement penser à agrandir encore une fois le volume de la ruche ( modèle divisible).

Cadre avec jeune couvain, pollen et miel

 La pose des hausses :

En avril mes colonies occupent deux corps de ruches (modèle Zander) et fin avril-début mai il est temps d’agrandir en rajoutant une hausse à miel. Quel que soit le modèle de ruche il ne faut pas attendre le dernier moment car la reine doit toujours trouver de la place pour pondre alors que les rayons se remplissent de couvain, de pollen et de nectar frais. En effet un manque de place au printemps risque d’enclencher la fièvre d’essaimage.

Donc dès que la grappe d’abeilles atteint les cadres latéraux je pose la hausse en interposant la grille à reine entre le deuxième corps et la hausse. Préalablement je vérifie les rayons dans le deuxième corps et s’il y a des cadres avec du nectar frais en bas je les sors pour les mettre dans la hausse. De même, si la reine est très prolifique, je monte deux à trois cadres de couvain operculé. Bien sûr la reine reste sous la grille .La place ainsi libérée me permet de rajouter des cadres de cire gaufrée. Cela occupe utilement les cirières et me permet de renouveler rapidement les rayons.

Je sais que la grille à reine est un obstacle « artificiel » dans la ruche et que beaucoup d’apiculteurs rejettent son utilisation, mais comme je recherche avant tout une exploitation simple de mes ruches je trouve qu’elle me facilite beaucoup le travail.

La pose de la grille à reine

En travaillant de cette façon je n’aurai pas de couvain dans la hausse au moment de l’extraction du miel et au cours de l’été mes seuls contrôles se feront dans le deuxième corps. Ce que j’y observerai me suffira pour savoir ce qui se passe dans toute la colonie.

D’autre part, en cas de transhumance, il m’est facile de mettre une hausse vide si je veux éviter que des miels d’origines florales différentes se mélangent.

Cette grille va aussi me faciliter le travail d’élevage de reines et la formation de nuclei.

Lutte contre l’essaimage :

Mai et juin sont les deux mois où l’apiculteur doit être particulièrement vigilant car la tendance à l’essaimage y atteint son maximum.

  • Le meilleur moyen de limiter ce risque est d’avoir de jeunes reines dans ses colonies et si possibles des reines de souches sélectionnées.
  • Le deuxième paramètre dont il faut tenir compte et la place disponible dans le corps de ruche pour que la reine puisse toujours pondre.
  • La troisième chose à respecter est le travail des cirières. Ces jeune abeilles ont besoin de faire fonctionner leurs glandes et il faut leurs permettre de construire des rayons et d’operculer le miel. Il faut donc leur donner suffisamment de cires gaufrées tout au long de la belle saison.
  • En cas de forte miellée une deuxième hausse sera peut-être nécessaire.
  • Les ruches doivent être bien ventilées. Pensez à ouvrir largement les trous de vol si vous n’avez pas de fonds grillagés.
  • D’autres paramètres interviennent également, comme la race d’abeilles, les hormones de la reine, …
un petit essaim facile à cueillir

Que faire ?

Lorsque les ruches deviennent trop populeuses et que le risque d’essaimage augmente dangereusement on peut les délester de quelques cadres avec leurs abeilles pour constituer de nouvelles colonies.

Une méthode simple permet de faire une quatrième colonie à partir de trois autres.

  • Dans chaque colonie assez forte on monte deux cadres de couvain (sans la reine) dans la hausse au-dessus de la grille à reine.
  • Une semaine après ce couvain est operculé.
  • De trois ruches on prend ces deux cadres avec les abeilles et on les met dans une ruche vide.
  • Au milieu de ces 6 cadres de couvain operculé on intercale un cadre avec des œufs issus d’une colonie de qualité
  • On complète cette ruche avec des cadres de provisions et un cadre trempé dans l’eau.
  • Cette ruche sera déplacée de 3 km afin d’éviter le retour des butineuses dans leur ruche d’origine.

À partir des œufs du cadre central les ouvrières feront un élevage de reines et il sera possible de récupérer quelques cellules royales pour les greffer dans des nuclei.

Évidemment on laissera une belle cellule dans la nouvelle ruche afin d’assurer la naissance d’une jeune reine. C’est une méthode que chaque amateur peut pratiquer sans matériel particulier.

Cellule royale operculée

Lorsque la fièvre d’essaimage est déclarée il faut intervenir plus radicalement, par exemple avec la « méthode Demaree » ou carrément en divisant la colonie en deux.

La méthode Demaree :

La méthode Demaree consiste à obliger la reine à reformer un nouveau nid à couvain en bas de la ruche tandis que les ouvrières s’occupent de l’ancien couvain placé en position supérieure.

Pour se faire on place la reine avec un cadre de couvain dans le corps du bas que l’on complétera avec deux cadres construits et des cires gaufrées.

Le reste du couvain est regroupé dans une hausse au-dessus de la grille à reine et de la hausse à miel.

Huit jours après on contrôle ce couvain pour supprimer les éventuelles cellules royales.

Vérifiez également que la reine reconstitue un nid à couvain dans le corps inférieur.

Cet éclatement de la colonie à l’intérieur même de la colonie permet généralement de diminuer la fièvre d’essaimage. Ce n’est malheureusement pas toujours vrai.

Alors, enrucher un ou deux beaux essaims puis observer la fulgurance de leurs développements permettra au débutant de comprendre la dynamique extraordinaire de la colonie et procurera certainement aussi quelques instants d’émerveillement à l’apiculteur expérimenté.

Blasés s’abstenir !

La nature nous réserve tous les ans quelques nouvelles surprises et c’est très bien ainsi.

Extraction du miel :

Si comme le titre l’indique les hausses à miel sont remplies il faut penser à extraire le miel de printemps (souvent déjà mi-mai).

Selon le cas j’utilise l’une ou l’autre des deux méthodes suivantes :

  • Première méthode : avec le chasse-abeilles

Au printemps, lorsque les ruches sont encore à proximité du domicile, j’utilise le chasse-abeilles afin de pouvoir enlever les cadres operculés débarrassés de leurs abeilles.

Dès le matin du jour précédant l’extraction (avant la rentrée de nectar frais) je dépose la hausse la hausse à miel et je la remplace par une autre garnie de quelques cadres.

Je la couvre du couvercle chasse-abeilles puis je replace la hausse à miel par dessus.

Je remets le toit de ruche et le tour est joué.

Au cours de la journée et de la nuit, les abeilles attirées par l’odeur de la colonie (phéromones royales) descendent à travers les trous du chasse-abeilles et le lendemain les hausses ainsi équipées sont débarrassées de leurs abeilles. Cela fonctionne à merveille lorsqu’il n’y a pas de couvain dans la hausse.

Le lendemain il reste à faire tranquillement le tri des rayons.

Ceux qui sont suffisamment operculés seront emportés pour être extraits, les autres seront regroupés dans les hausses de quelques colonies non destinées à la transhumance dans les acacias.

Il faut prévoir quelques caisses  de transport des cadres à miel.

Plateau avec son chasse-abeilles
  • Deuxième méthode : brossage des cadres

Lorsque les ruches sont en transhumance loin du domicile il n’est pas rentable de faire un voyage supplémentaire pour poser les chasse-abeilles.

Je pratique alors de façon classique, par brossage, pour débarrasser les cadres de leurs abeilles.

Ne seront brossés que les cadres operculés. Les autres reprennent immédiatement place dans les hausses restant sur les ruches qui ne seront pas transhumées.

Mais la manipulation cadre par cadre prend plus de temps et il n’est pas toujours possible d’éviter le dard des abeilles.

La transhumance :

Les ruches ainsi libérées de leur miel de printemps et pourvues d’une hausse neuve avec 10 rayons vides sont donc prêtes pour la transhumance dans les acacias.

C’est une transhumance courte donc je déplace ces colonies avec une simple grille d’aération au trou de vol. Par sécurité, les éléments de chaque ruche sont maintenus par une sangle.

Les ruches sont fermées avant le lever du soleil et leur déplacement s’effectue dans la foulée tôt le matin ce qui permet l’installation du nouveau rucher aux premières lueurs de l’aube.

C’est plus agréable que de travailler de nuit.

Bonne récolte et bonne transhumance.